Je ne veux pas être mère

Je ne veux pas être mère.
Je ne veux pas être elle.
Je le dis enfin.
Ne donne-t-on pas ce que l'on a reçu?
Qu'aurai-je alors à leur donner?
Des cris, des plaintes, de la maladresse, du rejet, de l'hypocrisie, de la médisance?
Loin de moi l'idée de vouloir lui faire un procès. Mais là voici la vérité. Toute nue. Peut être uniquement la mienne. Sûrement la seule et unique qui n'existera jamais.

Je le dis enfin.
Je me raconte sans filtres.
Je raconte cette enfance pas toujours évidente.
J'ai longtemps cru que je n'avais pas le droit de m'en plaindre.
Même si mes mots étaient loin d'être des plaintes si ce n'est qu'un récit brut et brutal.
J'ai quand même eu plus de trois repas par jour si l'on compte le goûter.
J'ai eu des cadeaux à Noel jusqu'à l'âge de 10 ans.
J'ai eu un toit au dessus de ma tête.
J'ai pu aller à l'école et à l'université plus tard.
Une grande partie de toutes ces expériences n'auraient pas été possible sans elle.
Je le reconnais !

J'en ai parlé à Coco puis à Lulu.
Et maintenant à vous, cher-è inconnu-e.
Je ne m'en serais jamais pensé capable.
Tant cela représentait une terrible trahison pour moi.
Mais l'on m'a dit qu'il fallait se vider pour guérir.
C'est ce que j'ai décidé de faire.

Malgré tous ces besoins primaires satisfaits en tant qu'enfant.
Il m'a manqué la chaleur des bras d'une mère,
Le réconfort de ses mots,
La douceur de son regard.
Je me souviens que plus jeune j'imaginais ce qu'aurait pu être la mère idéale et j'enviais terriblement mes amies qui étaient complices avec leurs mères.
Je me disais que si j'étais une enfant parfaite ce jour arriverait, peut être, enfin.
Alors j'ai multiplié les bonnes notes à l'école, je faisais tout ce que le duo (mère-père) me disait sans broncher, je ne sortais pas en dehors des activités de l'école et de l'église, pas de petit copain non plus.
Et pourtant cela n'aura pas suffit.

je ne veux pas être mère


"Elle est mature, elle comprendra", cette phrase je l'ai entendu à 10 ans
Et pourtant je ne rêvais que d'être une enfant, leur petite fille, à tout jamais.
"Elle a mauvais fond, ces enfants lui feront pareil et même pire", cette phrase je l'ai entendu à 18 ans
Et pourtant je voulais juste que les brimades cessent.

J'avais même fini par me dire que c'était de ma faute,
J'avais trop encaisser,
J'avais trop emmagasiner,
J'avais trop donner sans rien demander en retour,
J'avais été trop parfaite.

Aujourd'hui, je n'ai plus aucun contact avec ma famille.
Je l'ai décidé un mercredi après une énième goutte de plus.
C'était pourtant une broutille quand on se souvient de tout ce que j'ai vécu avant.
Une communication téléphonique qui s'arrête brutalement alors que j'étais encore en train de parler ... en train d'aider.
Je l'ai décidé et je l'ai éxécuté sur le champ.
Elle n'a pas cherché à avoir de mes nouvelles. Même pas une seule fois.
Ah non ! Il y a eu cet appel pour me demander de m'occuper de ma soeur . Mais et moi dans tout ça?
J'ai décidé que si c'était trop demandé un peu d'amour et de compassion de leur part
J'allais économiser mon énergie et le rediriger vers moi.

A bientôt 24 ans, je suis terrifiée à l'idée d'avoir une vraie relation amoureuse.
La simple idée que tout ça devienne sérieux et qu'on parle mariage et bébés me laisse figer.
Qu'est ce que j'aurai à leur offrir?
La question tourne en boucle dans ma tête.
Rien de bon, certainement...

Et pourtant, j'ai décidé que je voulais guérir
Coûte que coûte !

Diriez-vous que vous avez eu une enfance heureuse? Si oui, quel est votre plus beau souvenir avec vos parents?

Commentaires

  1. J'ai eu une enfance heureuse, très heureuse même, et j'ai maintenant l'impression que je n'arrive pas à donner ça à mes propre enfants - chez nous il y a plus de cris que de paix. Ça me rend triste, très triste. Mais j'essaie de faire changer les choses. Ça va changer, peut-être. Et pour toi, tu verras bien, si un jour tu te sens prête... On ne donne pas forcément ce que l'on a reçu.

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    1. Quelqu'un vient de me faire remarquer qu'on ne recherche pas des parents parfaits mais des parents qui essaient continuellement.
      Je suis sûre qu'à force tu y arriveras.
      Je souhaite beaucoup d'amour, de rires, de paix à toi et ta famille.
      P.s : pour aller plus loin, as-tu déjà entendu parler de l'approche transgénérationnelle? ça pourrait être une piste à explorer...

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